03 février 2012
A qui appartient Jeanne ?
CET ARTICLE EST PARU DANS L'ACTION FRANCAISE DU 2 FEVRIER 2011
Nous célébrons cette année le sixième centenaire de la naissance de Jeanne d’Arc, officiellement le 6 janvier 1412 à Domrémy. Le Président Sarkozy s’est rendu sur place ce jour-là, mais officiellement Jeanne d’Arc ne faisait pas partie de la liste officielle des commémorations prévues pour l’année 2012. Motif ? C’est un personnage religieux. Il ne peut pas être célébré par la République laïque.
Cette contradiction pratique de notre République sur un point de détail offre néanmoins une nouvelle occasion de nous demander : mais à qui appartient Jeanne d’Arc ?
Est-elle aux catholiques ? Mais c’est la sainte Inquisition qui l’a conduite au Bûcher et il a fallu attendre 1920 pour que l’Eglise la déclare sainte. Près de cinq siècles de retard !
Est-elle aux Français ? Ce n’est évidemment pas pour rien qu’on l’appelle couramment « la sainte de la Patrie ». Ce n’est pas pour rien non plus que Jeanne d’Arc est apparu comme l’incarnation féminine de la France, rivalisant avec Marianne, comme un être de chair et de sang peut rivaliser avec une abstraction. Indiscutablement : avantage Jeanne d’Arc. N’empêche : il a fallu du temps à l’Etat pour qu’il reconnaisse cette héroïne comme sienne. Charles VII, quant à lui, fut sans doute presque soulagé d’apprendre sa capture et il ne mit pas tout son poids dans la balance pour la récupérer. Par la suite, Jeanne est honorée de façon continue à Orléans, qui, jusqu’aujourd’hui peut être appelé « sa » ville, la ville qu’elle a délivrée et qui s’en souvient. Mais dans l’histoire politique française, force est de reconnaître qu’elle ne pèse pas lourd. Un Bossuet, dans son Cours d’histoire de France à l’attention du Grand Dauphin, évoque « sa si rare vertu » et vante son habileté au combat, mais on sent bien que la nature de la mission de Jeanne lui échappe. Il ne dit rien du caractère décisif de son intervention. Il considère sa participation si brève comme purement circonstancielle.
Est-elle au peuple ? On peut dire qu’elle est du peuple. On peut souligner qu’elle ne perdait pas une occasion d’affirmer : « J’ai été envoyée pour la consolation des pauvres et des indigents » Elle courait sus aux écorcheurs et autres bandits, membres des grandes Compagnies qui mettaient le pays en coupe réglée, mais on ne peut pas dire que son projet soit un projet populiste.
Est-elle aux femmes, comme l’une de celles qui auraient fait exploser les barrières sociologiques entre les deux sexes ? « Je ne crains femme de Rouen pour filer ou pour coure » déclare Jeanne à ceux qui auraient envie de la voir comme un garçon.
Depuis que nous avons décidé, avec Eric Letty et Anne-Cécile Foubert, de nous occuper de Jeanne d’Arc, en proposant à qui veut de vivre 2012 « avec Jeanne » (cf. www.avecjeanne.fr), je dois dire que je suis surpris du rayonnement de Jeanne à l’étranger : cela va des mangas japonais à l’Opéra russe de Tchaïkovski. Le plus beau livre sur Jeanne est écrit par un Américain Mark Twain, qui considère lui-même « Le roman de Jeanne d’Arc » comme son chef d’œuvre.
En réalité, ce qui frappe, lorsque l’on étudie ce personnage unique, c’est sa solitude. Elle n’est pas soutenue par son roi, elle est condamnée par son Eglise… Et cette solitude, durant sa vie, contraste avec l’unanimité de l’hommage qui lui est rendu après sa mort. A cause de sa solitude, on peut dire que Jeanne n’appartient à personne. A cause de l’hommage qui, aujourd’hui, la sublime, on peut dire que Jeanne appartient à qui se hausse aux dimensions de son génie spirituel.
En elle l’intérêt particulier de la Patrie coïncide avec la revendication la plus élevée, celle du droit et de la légitimité, celle de l’humanité à travers le respect du « droit des gens »… Elle est une Antigone de l’histoire de France, mais une Antigone, qui, jusque sur son Bûcher, réussit à imposer à ses ennemis sa mission de « vierge et mère de l’ordre ». Son intervention n’est pas symbolique, comme est purement symbolique l’action de l’Antigone de Sophocle, tentant d’enterrer ses deux frères malgré la barbarie de Créon. L’Antigone chrétienne est toujours une Antigone qui réussit, une Antigone qui change la face de l’histoire. « Va, va fille de Dieu, Dieu t’aidera » disent les voix de Michel de Catherine et de Marguerite, saints tous les trois. Jeanne a cru et a suivi ses voix. Dans la Jeanne au Bûcher de Paul Claudel, on peut entendre sa réponse. Elle déclame sur son Bûcher : « Je vas ! Je vas ! Je suis allée ! C’est fait ! Je le tiens par la bride ! Je ramène mon gentil Roi ! Je le ramène à travers la forêt ! Je le ramène à travers la France ! »
Jeanne, Antigone chrétienne, est le signe donné aux cœurs droits que l’Espérance ne ment jamais, même si elle ne se réalise jamais comme on l’attend.
Abbé G. de Tanoüarn
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Commentaires
L'état Français qui ne la célèbre pas puisqu'elle est Religieuse manque comme d'habitude à son devoir de mémoire comme l'on dit aujourd'hui. En somme cela revient à dire: souvenez vous de tout ce que l'homme a fait de bas, de vil, d'inutile, et oubliez tout ce qui fait se spiritualité, sa grandeur face à son créateur. Jeanne est là qui nous entretient sur la vraie voie, celle du Seigneur Dieu.
Écrit par : Georges RAMBAUD | 07 février 2012
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